

Bonsoir les artistes.
Non, ce n'est pas le marcheur du pôle, pour ceux qui lisent Jean Louis Etienne, mais le récit d'un vendredi aprés-midi en Capcir.
Pour la petite histoire, dans son périple, Jean Louis avait avec lui un Walkman avec lequel il écoutait " Brother in arms " de DIRE STRAITS.
Un jour il s'endort avec la musique et lorsqu'il se réveille, les piles qui ont prit le froid arrivent à peine à faire marcher le lecteur, ce qui donne de curieux sons.
Il croit à un ours polaire et passe un bien étrange moment...
Ce morceau de musique reste une référence musicale, tant pour moi que pour Antoine, avec qui nous faisons ce RH aujourd'hui.
En 1999, nous avons traversé l'Islande en vélo tous les deux.Ce livre fût une grande source d'inspiration dans la philosophie de notre périple.
Périple que nous vous gardons sous le coude sans doute pour la rentrée (celle du RH, pas la rentrée parlementaire...restons sérieux).
Mais à l'époque le support était des diapos et il y à un peu de travail pour ficeler tout ça.
Une aventure pareille laisse quelques traces voire des séquelles .
Ainsi, de temps à autre, se replonger dans l'ambiance est vital.On ne remplace pas un lieu par un autre mais on peut aisément y retrouver l'effort, le stress, la sueur qui ruisselle du front vers les yeux et pique comme l'acide.
Le froid, la silhouette de son coéquipier un peu loin devant qui pédale, rame, se frôle un chemin dans ce désert minéral.
Nous voulions de l'ambiance, le repas fût généreux.
Moteurs :

Un bon RH finit toujours à la nuit, inutile donc de partir avant 13 heures, c'est un coup à arriver en avance.

Aprés avoir semé la panique en faisant les premières traces de l'hiver, on se devait de rapporter rapidement un dossier plus étoffé.
" Oué c'est le Pat
t'es dans le coin?
oui
on va au Morties?
allez, même au Péric si ça passe."
Et l'affaire est dans le sac.

Nous avions fait un couloir au printemps dernier, pourquoi pas aller y faire un tour.
La montée sur pistes fait ressortir un début de saison assez light question forme physique.
J'ai oublié mon piolet mais pas le thé à la menthe.
Menthe sèche du jardin, 6 tonnes de sucre, la petite pause au passage du Raco ne fait pas de mal...
C'est le problème de partir en demi journée, à un moment donné il manque un repas.

Ce dont nous sommes sûr, la montagne est passée en régime d'hiver, car l'an dernier à cette date, nous faisions du vélo au même endroit.
Cela rassure un petit peu en ces temps incertains.

La tram violente annoncée se confirme à la vue du Péric qui prend des airs de Nanga Parbat, en toute modestie.
Le panache de neige qui vole coté sous le vent et tout prend une autre gueule.

La neige trés soufflée ne mérite pas d'enlever les peaux, descente led's the nana jusqu'au refuge.

En général, j'arrive à faire passer Antoine sur un lac gelé avec 2 litres de Vodkka, mais là non, il a du flair l'animal.
Chui sûr qu'en prenant l'élan et sans s'arrêter ça passe.

Le dit couloir monte en diagonale, fin, et dans l'ombre.
A cet instant précis il y à toujours l'envie de rester sous la couette mais bon, que faire.

Les photographes le savent bien, à l'ombre la neige est bleue ( à méditer...).
Crampons, piolet, mais le mien est resté pendu à la maison, alors battons et crampons.

Il est là, droit devant.
La neige de la première chûte est trés dure, limite glace.
La deuxième tient difficilement.
Si le couloir n'est pas en conditions il faudra y renoncer.


Une fois dedans, la neige est de bonne qualité.Dûre, les crampons mordent juste ce qu'il faut.
Une violente rafale de vent nous fait comprendre rapidement qu'aujourd'hui Eole sera de loin le maître des lieux.
Les skis sur le sac à dos sont pour lui un bras de levier trés efficace pour nous décoller de la paroi.
Cette impression est vraiment peu rassurante et le piolet va vraiment manquer à la sortie.
Les trous creusés par les pieds d'Antoine sont aussitôt bouchés par de la neige qui ressemble à du sucre en poudre et descend le couloir en continu.
Cela nous laisse supposer des conditions peu communes au sommet, si nous y arrivons.
A plusieurs reprises, d'autres rafales nous prennent dans un violent aérosol dans lequel la claustrophobie ne rôde pas trés loin.
Il me faudra plus de 20 minutes pour faire une dizaine de mètres seulement.
A la sortie, une grosse plaque à vent trés évidente nous oblige à ne pas lâcher le rocher comme main courante.

Nous sortons de là un peu entamés, d'une part en hypo, et d'autre part par le relâchement que fait le corps aprés une montée en stress.
Les derniers mètres jusqu'au sommets se font par petits pas, hésitants entrecoupés de pauses ou l'on se couche a sol vu la violence du vent.


Les pépites de glace heurtent le visage avec violence, c'est bien cela que nous sommes venus chercher, voir les éléments à l'oeuvre.

Encore une fois, le devoir de reporter s'impose et faire des photos dans ces conditions n'est pas un plaisir.



Derrière l'arrête, nous sommes sous le vent mais à 5m de là la glace pilée monte vers le ciel.



Thé à la menthe deuxième, banane, poire, le 360° vaut de l'or, nous ne tardons pas car les muscles vont se refroidir trés vite.
Il faut se pencher franchement dans la pente pour contrer le vent, qui est sans aucun doute à plus de 100 km/h.
Descente en crampons depuis le col entre les deux Perics vers la coquille.
Nous ne skions pas trop pour cette sortie mais cela ne change en rien le plaisir.

Encore un cliché pour vous prouver qu'à l'ombre, la neige est bleue.


L'obscurité approche, la nuit surgit.
Il ne faut pas traîner même si j'avais prévu la lampe.


Au virage qui donne sur la Lladure, les récompenses ne manquent pas.
On ne dirait pas non à un pot de Nutella d'ailleurs.Mais le gros, le 850gr.
Oui on a le compte mais cette sortie fait du bien, en hypo mais sans être monté dans le rouge avec le coeur.


Dans 5 minutes on sort les peaux et descente sur la voiture par les pistes.

Un RH aime bien terminer par un ciel de Californie, le voilà.




A l'ouest un beau dégradé du jaune au violet, tandis qu'à l'est, rouge et gris marquent une franche limite entre fin de jour et début de nuit.
Avec pour preuve les villages du bas Capcir déja illuminés des lampadaires publics.
Retour trés sombre mais si bon, au feeling, à l'ancienne, sans même regarder le sol ou presque, à simplement analyser les informations fournies par les jambes
sur la qualité et la nature de la neige.
Modeste RH qui lance l'hiver de façon officielle.
C'est Lolo qui va m'en vouloir mais on doit aller dormir dans un trou d'ici peu alors tout devrait s'arranger.
Si le Marcheur du Pôle vous inspire aussi, j'ai le livre à la maison, passez boire le thé et je vous le passe.
Avant que nous rentrions dans le train train des fêtes de fin d'année, et nous y serons vite,
je profite de ce numéro pour adresser hors antenne à tous ceux qui dépendent de la neige mes plus sincères pensées.
Ceux qui ont connu Miaouch, il s'en est allé le 8 novembre dernier à l'âge de 20 ans.
Vous êtes nombreux je sais.
Ce fût une semaine trés difficile pour moi et, lorsque je serais en mesure d'en écrire plus long il aura droit à son RH à lui tout seul.
Les articles finissaient encore plus tard dans la nuit car il surveillait tout cela de trés prés et ses pattes sur le clavier m'empêchaient d'écrire correctement.
Tout cela me manque cruellement, nul doute qu'il est au paradis.

Caresses et bise à l'oeil.
Patrack.